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Le patrimoine de Montquintin


L’intérêt du village du Montquintin réside dans l’organisation du village, où quelques maisons s’articulent en seulement trois rues, autour de l’ensemble médiéval formé par le château, la ferme de la dîme, l’église romane et la ferme castrale. Bien que leur disparité - et pour certains leur état - mériteraient sans doute une restauration concertée, ces édifices se complètent pour former une structure féodale complète particulièrement intéressant qui a justifié leur classement comme site de « Patrimoine Exceptionnel de Wallonie ».(Voir aussi le colombier)


Le noyau féodal


LE CHATEAU-FORT

Le château vu du ciel (vidéo par A. Declaye)
Il est le siège de « Haute-Cour », par les privilèges du seigneur détenant les pouvoirs civil et judiciaire de haute et basse justice.
Installé sur une terrasse aménagée à la pointe Nord de Montquintin, son aspect a constamment évolué depuis le Moyen-Age. Au départ probablement, une tour de guet rectangulaire devait avoir l’allure de ces tours sarrasines qui se rencontrent fréquemment en Europe occidentale aux alentours du 12ème siècle. Depuis sa création, le niveau du terrain alentour a été rehaussé et ses murs, qui existent encore en sous-sol, ont été sondés sur une profondeur de 6 m. Ils s’appuient sur deux niveaux de fondations successifs, ce qui semble déjà démontrer une reconstruction sur des bases antérieures. Cela reste à vérifier, mais dans ce cas, l’on ne pourrait s’empêcher de les mettre en relation avec la villa romaine d’Argenfontaine, lieu-dit situé en contrebas, vers Dampicourt, et dont les traces ont été révélées par l’ancien instituteur M. Autphenne.

Sans doute vers le 13ème siècle, cette tour primitive s’intégra au sein d’une fortification trapézoïdale plus vaste, dotée de tours circulaires à chacun de ses autres angles. C’est en effet en 1254 que l’on trouve mention du premier seigneur de Montquintin, en la personne de Raoul, fils de Thierry de La Tour, possesseur des lieux. Deux archères au sommet de la tour Ouest appartiennent à cette période. A cette époque, le logis-maître, qui devait occuper la moitié du corps de logis actuel, devait avoir l’aspect d’une bâtisse élevée, à laquelle se raccordait le chemin de ronde qui reliait les tours.
L’acte de vente du 18ème siècle mentionne « tours, tourelles et pont-leviers cernés de fossés cy-devant (= autrefois) à eaux vives peuplés de poissons ». Des traces en sont encore visibles sous forme de dépressions du terrain aux abord des courtines.

Malgré sa position stratégique enviable, le château reste toutefois une fortification faible, implantée sur un axe traditionnel de luttes et d’invasions, entre la France et l’Empire germanique. Les prises et pillages se succèdent : en 1480 (Charles d’Amboise), 1542 (Duc d’Orléans), 1647 (Turenne), 1657 (Armées de Louis XIV). Les 15ème et 16ème siècle, avec l’évolution des techniques de siège, imposent de nouvelles mesures de protection. Le flanc Nord du site sera escarpé, afin d’implanter une haute muraille flanquée de fortins semi-circulaires qui offrent à leur sommet des terrasses à canon. Ils abritent en leur sein des casemates dotées d’arquebusières, sur le modèle de Philippe-Auguste. L’ensemble, protégé en outre sur son côté Est par un large fossé sec, dominera dès lors un « glacis », vaste zone dégagée où l’ennemi marche à découvert.
Mais mal défendue par une petite garnison de villageois souvent livrés à eux-mêmes - le seigneur de Montquintin n’est bien souvent qu’un propriétaire foncier résidant ailleurs - la forteresse est maintes fois détruite puis reconstruite à l’aide de matériaux de récupération rendus friables par les multiples usages, et dont seule la masse assure encore la cohésion.

Destruction ou abandon ? Au 18ème siècle, le château est en ruines lorsqu’en 1760, Mgr de Hontheim, évêque suffragant de Trèves, en fait l’acquisition auprès du Comte Jean-Baptiste de Baillet-Latour, un Autrichien seigneur du proche village de Latour.
Mais les temps ont changé, les canons se sont tus dans la perspective d’une paix plus durable. Tout près, sur les projets de l’architecte DEWEZ, l’antique abbaye d’Orval brille d’un luxe baroque inouï. De nombreuses forteresses se muent en châteaux de plaisance et Montquintin s’offre un nouveau visage par les travaux d’importance entrepris par Jean-Nicolas de Hontheim. Les ruines sont déblayées, les sols rehaussés et nivelés et les traces d’une fonction militaire supprimées. Le corps de logis est agrandi, deux tours ruinées – Nord et Sud - sont rasées, et au Nord-Est, sur le grand fossé comblé est installée une rampe d’accès vers un potager planté « à la française » à la place du glacis. Une cave voûtée y abrite un lavoir-fontaine. Au « Neuf Jardin », côté Ouest, fleurit une roseraie, et les fenêtres de façades sont vastes pour admirer l’impressionnant paysage. Il s’agira bien d’une retraite, au propre comme au figuré, car le courageux Fébronius (pseudonyme littéraire de Hontheim), subit les foudres du pape Clément V pour ses écrits sulfureux sur les pouvoirs et le luxe excessif de la curie romaine. Un aperçu fiable de l’apparence du château nous sera fourni par la carte des Pays-Bas autrichiens dressée par le Comte de Ferraris (1775).

Las ! Répit momentané que ce Siècle des Lumières, qui se clôt dans les troubles de la Révolution française. En 1790, âgé de 89 ans, Mgr de Hontheim s’effondre dans le chœur de la petite église dont il est le modeste desservant et meurt dans son château. Voyant son cortège funéraire transporter son corps de Montquintin jusqu’à Trèves, l’on dit « qu’avec lui, l’on enterrait l’Ancien Régime ».
Le village est pillé en 1793 puis le château brûle en 1794.
Il renaît de ses cendres en 1803 par les soins de Jean-Jacques de Hontheim, neveu de l’évêque. Sans doute alors supprime-t-on la courtine Est, pour éclairer la cour intérieure. L’aile Sud sera réduite, les fenêtres encore agrandies. La façade à cour est imposante, avec ses vaste baies, ses pilastres et son fronton néo-classique.

Mais l’incendie accidentel de 1869 sonne le glas du corps de logis. Depuis son veuvage, la jeune Marie Everaerts y vit seule avec ses deux filles. Echappant aux flammes de justesse, elle vendra les lieux sans les restaurer.
Durant près de 100 ans, le château passe alors de mains en mains (voir Propriétaires de Montquintin).
En 1900, l’aile Nord des communs sera convertie en maison, puis épicerie-café, avant de brûler encore en 1935 et en 1958.
L’aile Sud avec ses 2 fours à pains s’écroule progressivement jusqu’en 1995.


1917                    épicerie                               fours à pains

          Etat en 1995



LA FERME DU CHATEAU, ou Basse-Cour est le lieu des services assurant la subsistance du seigneur.
Immédiatement située au Sud, en vis-à-vis du château, elle fait, avec son petit jardin au Sud, partie intégrante du domaine seigneurial cerné des murs d’enceinte encore visibles sur une bonne partie du périmètre. Les enfants de Jean-Jacques de Hontheim ne voulurent toutefois pas conserver l’héritage restauré par leur père. En 1826, il vendirent la ferme à Victor Fayon, et un mur de pierre sépara alors la cour de l’esplanade du château. Le ferme castrale est le premier édifice civil qui se présente au visiteur à son arrivée au sommet de la colline. Dans sa forme actuelle, qui date de la fin du 18ème siècle, l’aile principale regroupe corps de logis, étables et grange selon une disposition multicellulaire traditionnelle. Ce bâtiment, flanqué au Sud du colombier, a subi de sévères modernisations, qui l’ont notamment doté de hangars à bétail, entourant désormais une cour intérieure. Par une allée de part en part, il fait la transition entre l’Ouest du village et la place bordée par l’église romane et la ferme de la Dîme.


LE COLOMBIER, un privilège peu courant.

« Il faut des tours élevées, faites tout exprès, bien enduites au dehors et garnies en dedans de nombreuses cellules, pour attirer, retenir et loger les pigeons. Car ils ont dans leurs qualités communes l’amour de la société, l’attachement à leurs semblables, la fidélité, la propreté, et le soin d’eux-mêmes qui suppose l’envie de plaire (…). Ne connaissant nulle humeur ni querelle, ils se partagent, mâle et femelle en quantités égales, les soins de leurs œufs et de leurs petits, mettant entre eux cette égalité dont dépend le bonheur de toute union durable… ». (BUFFON et LACEPEDE, Histoire naturelle).
Nul doute que tout ceci ait prévalu à sacraliser le pigeon dès l’époque romaine, pour en faire un symbole d’union et de paix, qui vient compléter les autres avantages que sont la facilité d’élevage, le sens de l’orientation, et la finesse de sa chair. Tous ces avantages en firent un met de choix ainsi qu’un auxiliaire précieux de la communication, qui devinrent l’apanage du seigneur à partir du 16ème siècle.
Dans la cour de la ferme castrale, le colombier de Montquintin est un robuste modèle circulaire que l’on dénomme « fuie », c’est-à-dire que les boulins – logettes destinées aux oiseaux – n’occupaient qu’une partie des parois intérieures. Le bâtiment possède en effet deux niveaux distincts : à la base, un local voûté en berceau et éclairé d’une fenêtre servait sans doute de poulailler ou de réserve. L’accès à l’étage nécessite une échelle ; de l’intérieur, il se fait par le biais d’une trappe percée dans le plafond. Mais l’étage est en outre doté d’une porte haute pour un accès par l’extérieur. Cette précaution, s’ajoutant à la présence d’un tore (boudin de pierre ceinturant tout l’édifice), permettait d’éviter l’intrusion des prédateurs, tels que chats, rongeurs, fouines, etc. C’est la présence de ce boudin qui permet précisément de faire remonter notre modèle au 16ème ou 17ème siècle. A ce niveau supérieur, les logettes devaient être faites de terre et de bois, car elles ont malheureusement disparu. Remarquons toutefois les deux ouvertures en pierre qui accueillaient les volatiles, et laissaient pénétrer l’air et la lumière. Elles pouvaient être closes par un volet. Ces plans d’envol sont idéalement orientés Sud-Est, à l’abri du vent, et face à la course du soleil.
Le pigeonnier seigneurial a toujours fière allure, mais son état mériterait lui aussi une attention soutenue. La voûte du rez-de-chaussée est endommagée, et deux ouvertures de l’étage sont bouchées. A l’extérieur, un contrefort est fragilisé par la présence d’arbres qui menacent sa stabilité, et l’élévation est aujourd’hui tronquée, puisque une toiture moderne « en sifflet » a été posée en lieu et place du cône d’ardoises qui devait jadis le sommer, à l’instar des tours du château. Hasard inesthétique mais efficace : du moins ces tôles protègent-elles les murs, tandis que la présence d’un appentis d’un côté et d’un hangar agricole de l’autre lui offrent deux points d’appui qui jouent sans doute un rôle utile de soutien.


LA FERME DE LA DIME représente un des pouvoirs financiers du seigneur.

C’est en 1765 que Mgr de Hontheim fit construire cet intéressant bâtiment, pour y percevoir, comme c’était l’usage, sa part du dixième des récoltes des habitants. Elle est de forme tricellulaire, alignant au bord de la place, le logis percé de deux fenêtres cintrées, la grange et l’écurie, sans oublier la « bawète » à mi-hauteur, petite ouverture à volet, à laquelle la basse-cour accédait par une petite échelle.
L’ensemble sans étage est couvert d’une toiture de tuiles rondes, bordées de part et d’autre d’un alignement de pierres appelés « cladasses », qui doivent éviter la prise au vent.
A l’intérieur, l’on retrouve la disposition traditionnelle des habitations rurales en Gaume: un petit couloir ouvre à gauche sur la cuisine, avec ses dalles de pierres brunes et son vaste foyer doté d’un four à pain dans l’encoignure. La taque en fonte assure, à l’arrière, le confort calorifique du « pêle », la belle chambre. A droite du couloir, un petit bureau, puis au fond un vaste local bien éclairé servit, durant le 19ème siècle, de salle de classe, lorsque les privilèges de la noblesse eurent été abolis. La petitesse du village imposa vite de fermer l’école, et de prodiguer l’enseignement aux enfants de Montquintin et de Couvreux, à Dampicourt.
En 1965, un don de la famille Braffort accorde le bâtiment au Musée Gaumais, et Edmond Fouss, son fondateur et conservateur y installe le petit Musée de la Vie Paysanne qui l’occupe encore aujourd’hui.




L’EGLISE ROMANE, symbolise le pouvoir religieux.

Le style sobre du petit édifice, qui coiffe la colline en son point le plus haut, correspond assez à ce que nous disent les sources écrites : en 1199, l’existence de Henricus, sacerdos (prêtre) de Montquentin est en effet attestée dans l’acte d’une donation faite par Thibaut, seigneur de La Tour à l’abbaye d’Orval. Un lieu de culte existait donc sur place, avant l’instauration d’une seigneurie qui n’est officialisée que deux générations plus tard (Raoul, fils de Thierry de La Tour). Notons que l’on désigne alors « Mont-Quentin » et non « Mont-St-Quentin » de sorte que le village ne doit pas tirer son nom du saint patron de la paroisse mais plutôt de la présence d’un Quentin (Quintus ?) à cet endroit. Le village aurait donc préexisté et l’on aurait ensuite sacralisé le nom pour l’église. La paroisse de Montquintin recouvrait jadis les villages de Couvreux, Dampicourt et Ecouviez (France), ainsi que quelques écarts comme Langlissant (à Lamorteau), Grihir (ferme de Villers-la-Loue) et Drussigny.
L’église Saint-Quentin, installée sur une terrasse émergente et entourée de son petit cimetière, frappe par ses proportions trapues et sa position dominante. Une simple toiture à deux versants englobe également la tour-porche à l’Ouest. Sans doute par crainte de la foudre en a-t-on rabaissé le clocher ?
A l’est, le chevet à trois pans est stabilisé par deux lourds contreforts.
L’intérieur est sommaire : passé le porche de style Renaissance, la tour laisse place à une nef simple, couverte d’un plafond plat, qui précède un joli chœur voûté d’ogives. Il est enserré entre deux sacristies, celle de droite servant aujourd’hui de chaufferie.
Les baies sont variées : aux petites ouvertures cintrées de la nef succède, au Nord-Est une haute et belle fenêtre en gothique flamboyant, puis, dans le chœur, deux fenêtres elles-aussi en plein cintre.

Des examens attentifs ont pu déterminer la chronologie de l’édifice qui a subi, jusqu’au milieu du 20ème siècle, une constante évolution.
Ainsi, dans un premier temps se distingue une petite nef simple et droite, plus étroite qu’aujourd’hui et qui, peut-être, était déjà raccordée à la tour. Encore que le désaxement des deux parties semble indiquer deux constructions successives. Au Haut Moyen-Age, beaucoup d’édifices religieux sont de simple plan quadrangulaire, et qui sait si la tour d’entrée n’est pas apparue ensuite, en même temps que le chœur qui avait alors une tout autre apparence.

A la période gothique, un apport majeur est constitué par l’installation dans l’angle Nord-Est de la « Chapelle des Seigneurs » dont les beaux vitraux modernes rappellent les familles principales. Les sires de Montquintin y accédaient par une petite porte sur la face Sud, aujourd’hui disparue. Le style flamboyant de la fenêtre ne date pas cet aménagement avant le 15ème siècle. Précisément, la clef de la voûte d’ogives nervurées, qui s’aboutissent en colonnettes pour cerner le périmètre, s’orne d’un écu portant en chef un croissant, armes des de VILLE, seigneurs de Montquintin entre 1400 et 1500 environ.

Du 17ème au 18ème siècle, plusieurs transformations auront lieu. En 1628, une visite de l’archidiacre enjoint au curé de Montquintin de remettre « les murailles en suffisant estat et ce aussy tost que la saison le permettra ». Le chœur est endommagé, et la toiture détruite. Le 17ème siècle et les conflits franco-espagnols n’épargnent guère Montquintin, puisqu’il est pris en 1647 puis 1657. Il faudra donc attendre pour que le bâtiment soit entièrement réinterprété. La nef s’élargit alors. Deux bas-côtés la complètent dont celui de gauche permet ainsi d’englober la Chapelle des Seigneurs, qui était en excroissance, dans l’alignement de l’édifice. Le chœur est lui aussi transformé et agrandi. Il est couvert de deux voûtes d’ogives dont une clef date ce réaménagement de 1711, époque où le Comte Michel de SUYS est souverain du lieu. Une plaque scellée dans le mur rappelle à cet endroit le souvenir de la famille.
Peut-être peu après a-t-on supprimé la distinction entre la nef et les bas côtés. Aujourd’hui, elle apparaît sans division, relativement homogène sous un seul plafond plat. De même, la porte principale en plein cintre posée sur des pilastres doit être du milieu du 18ème siècle.

Tout au long de son histoire l’église et le village souffrent probablement d’une position exposée, du dépeuplement progressif et plus encore sans doute, des guerres modernes, durant lesquelles – comme jadis – Montquintin est un poste militaire d’observation idéal. Avant la seconde guerre mondiale, existait un projet de L. Servais, architecte à St-Mard, pour quelques interventions destinées à réparer des dégâts, sans doute du 1er conflit mondial. En 1940 , un obus endommage la tour, qui ne sera restaurée qu’en 1950. Le 20ème siècle sera d’ailleurs propice à diverses restaurations : portail et face ouest de la tour, ainsi que la façade Nord de la Chapelle des seigneurs. Aujourd’hui, mais dans une moindre mesure, l’église Saint-Quentin subit toujours les mêmes maux. La crise des vocations religieuses, qui raréfie les offices, et les complications administratives n’offrent guère d’autres solutions que celles que lui apportent les contributeurs bénévoles.


Pour plus de détails, voir : J.-L. JAVAUX et P. SCHERER, Eglises anciennes de Gaume, dans Le Pays Gaumais, 1981-1982, pp. 23-36.





Le petit patrimoine


Les calvaires.
Quatre calvaires se remarquent le long des routes menant à Montquintin : La croix Dessus de Couvreux, celle du Déserteur, la croix des Mascarades et la croix du Parjure ou de Lamprez.

La croix Dessus de Couvreux
A l’embranchement qui sépare les routes de Montquintin et de Couvreux, cette belle croix de fonte ouvragée de style néo-gothique date des environs de 1880. Elle permet d’imaginer le talent des illustres fondeurs de fer du pays gaumais. Elle fut récupérée du cimetière de Dampicourt un siècle plus tard pour être placée là par le cantonnier Walter ERRARD. Par tradition, les croix de carrefour protègent les voyageurs, remplaçant ainsi d’anciennes superstitions liée aux forces maléfiques. Elles servaient parfois d’étape durant la procession des Rogations (du latin rogare : prier). Jadis, le dimanche précédant l’Ascension, dans tous les pays catholiques, le curé guidait la population alentour du village pour bénir les cultures et favoriser les récoltes. Un calvaire identique se trouve au carrefour de La Pierre Jeanne, dans le village voisin de Villers-la-Loue.

La croix du Parjure.
Au bas de la route menant à Rouvroy, se trouve un autel de pierre surmonté d’une croix de fonte noire, marquée d’un christ. On l’appelle aussi croix du Souvenir ou de Lamprez.
La légende rapporte : Au début des années 1800, au moment de la campagne de Russie, un habitant de Harnoncourt, résidant à Lamprez (lieu-dit à proximité) s’était engagé dans l’armée de Napoléon. Il promit d’ériger un monument s’il en revenait vivant. Il revint en effet sain et sauf, mais omit de tenir sa promesse. C’est alors qu’après sa mort, son fantôme revint harceler ses héritiers, les enjoignant d’accomplir la tâche du défunt. Croyant que leur père errait dans les tourments quelque part entre le Ciel et l’Enfer, ils comprirent que seule cette formalité lui fermait les portes du Paradis. Pris de crainte que le même sort ne leur advînt, ils finirent par céder, et élevèrent la croix.

En haut du chemin des Morts, soit la route allant à Lamorteau, se trouve l’embranchement d’un ancien chemin qui descendait à Ecouviez. C’est là que l’on peut discerner un monument en mauvais état et un peu informe :
La Croix des Mascarades
La légende qui s’y rattache est affreuse :
Le jour de la Chandeleur, 12 jeunes gens de Montquintin se rendirent à un bal au lieu-dit «Les quatre-chemins». Lorsqu’ils prirent le chemin du retour, ils voulurent se compter et constatèrent qu’ils étaient treize. Malgré le recomptage, il était pourtant impossible de déterminer qui était de trop ; aussi pensèrent-ils que le diable s’était glissé parmi eux. Ils décidèrent donc de tirer au sort pour trouver le coupable et tuèrent celui qui fut ainsi désigné. Mais au moment de se compter, ils étaient toujours treize ! On répéta alors la sinistre opération, sans obtenir un autre résultat, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous aient été tués… !
Une autre version raconte que le bal des Quatre-Chemin avait été organisé par le diable lui-même aidé par des sorcières. Au retour, lorsqu’ils tuèrent l’un des treize, ils se recomptèrent et n’étaient plus que 11, sans parvenir à discerner lequel ils avaient occis !



On ne confondra pas cette croix, qui est en pierre du pays, avec une autre en granit, de type celtique, dressée à proximité, le long du chemin des Morts. Cette seconde croix provient sans doute d’un cimetière.




Un peu plus haut, au carrefour du « Chemin de la Messe », sentier qui redescend de Montquintin à Couvreux, se trouve la Croix du Déserteur dite aussi du « Haut des Termes ».
Durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, notre pays resta neutre et posta des observateurs le long de la frontière avec la France, avec l’ordre de désarmer quiconque voudrait la franchir. Un déserteur, Français ou Prussien, nul ne le sait plus – fut tué par l’un d’eux alors qu’il cherchait à pénétrer en Belgique.
C’est ce souvenir que rappelle cette croix en pierre érigée sur un autel. Un christ en fonte y fut fixé en 1950.



Les monuments funéraires.
Dalles de Mgr de HONTHEIM.
Le 02 septembre 1790, Mgr de Hontheim, âgé de 89 ans, s’effondra en célébrant la messe dans l’église de Montquintin. Il fut d’abord transporté au château où il mourut, puis son corps fut transféré à Trèves pour être inhumé dans l’église Saint-Siméon. Toutefois, lorsque cet édifice fut détruit en 1817 pour restaurer la Porta Nigra, il fut encore déplacé vers l’église Saint-Gervais. Celle-ci se trouva ensuite incorporée dans le collège du Gymnasium, où sa dalle funéraire en marbre noir est toujours visible. Elle porte cette inscription :

IOANNES.NICOLAUS.AB.HONTHEIM.
EPISCOPUS.MYRIOPHITANUS.
SUFFRAGANEUS TREVIRENSIS
DOMINUS.IN.MONTQUINTIN.
COUVREUX.ROUVROIS.DAMPICOURT.
POST.SEXAGENTA.ET.ULTRA.
ANNORUM.LABORES.
REQUIEM.QUOESIVIT.
ET.HIC.INVENIT.
NATUS.27.IANUARII.ANNO.MDCCI.
OBIIT.DIE.2.SEPTEMBRIS.MDCCLXXXX.
EPISCOPATUS.ANNO.XXXXII.
TANDEM.LIBER.TANDEM.TUTUS.
TANDEM.AETERNUS
R.I.P.


Traduction : Jean-Nicolas de Hontheim, Evêque de Myriophite, Suffragant de Trèves, Seigneur de Montquintin, Couvreux, Rouvroy, Dampicourt a cherché le repos après plus de soixante années de travail et l’a trouvé ici.
Né le 27 janvier 1701, décéda le 2 septembre 1790 dans la 42ème année de son épiscopat. Enfin libre. Enfin à l’abri. Enfin éternel. Qu’il repose en paix.


Une autre dalle fut placée par Jean-Jacques de Hontheim, neveu de l’évêque, dans la chapelle des Seigneurs à Montquintin. On y lit :
HIC.
IN.CASTRO.OBIIT.
II.SEPTEMBR.ANN.MDCCXC.
IOANNES.NICOLAUS.AB HONTHEIM.
EPISCOPUS. MYRIOPHITANUS.
SUFFRACANEUS.TREVIRENSIS.
DOMINUS.IN MONTQUINTIN.
CONDOMINUS.IN.DAMPICOURT.
ET.
ROUVROIX.
TREVIRIS. XVII.IAN.MDCCI.NATUS.
IBIDEM.BIDUO.POST MORTEM.TUMULATUS.
IN.PROSPERIS.ET.ADVERSIS.
SEMPER.SIBI.PRAESENS.
AMICUS.CONSTANS.
PRUDENS.ET.
PIUS.
PATER.SUORUM.
PATER.PAUPERUM.
PATRUE.
AVE.ATQUE.VALE.
R.I.P.
Traduction : Dans ce château mourut le 02 septembre 1790 Jean-Nicolas de Hontheim, évêque de Myriophite, Suffragant de Trèves, Seigneur de Montquintin, Seigneur en partie de Dampicourt et Rouvroy, né à Trèves le 27 janvier 1701, enseveli là en deux jours. Dans les joies comme dans les peines, toujours secourable aux siens, ami fidèle, sage et pieux, père pour les siens, père pour les pauvres. Mon oncle, salut et porte-toi bien. Repose En Paix.

Dalle de Jean-Jacques de Hontheim.
Jean-Jacques de HONTHEIM hérita du château à la mort de celui-ci. Lors de la Révolution française, après l’incendie qui détruisit la demeure en 1794, sa famille vécut à Virton en attendant la reconstruction, qui fut achevée en 1803. Il est inhumé à Montquintin, et sa dalle funéraire est scellée à l’extérieur, sur le retour d’angle du mur Nord de l’église. Elle est presque illisible et mal entretenue. On y distingue cette inscription :
IHS
CY GIT LE CORPS DE
JEAN-JACQUES DE
HONTHEIM NE A TREVES LE 4
DECEMBRE 1741, DECEDE
A MONTQUINTIN LE 3E DE MAI 1821
. EN SON VIVANT, CONSEILLER
AULIQUE DE L’ELECTEUR DE TREVES. VOUS
QUI LISEZ CECI, PRIEZ DIEU AFIN QUE
CELUI QUI METTOIT TOUT SON HONNEUR A ETRE
FIDELE SERVITEUR DE DIEU
ET LE PERE DES PAUVRES
JOUISSE DU REPOS ETERNEL.


Croix FOUSS.
Edmond-Pierre Fouss (1894-1987), professeur à l’Athénée royal de Virton, créa le Musée Gaumais en 1937, afin de forger l’identité régionale de la Gaume. Depuis, le musée s’est considérablement développé et occupe une place enviable au sein des musées belges. Au fil des ans, Edmond Fouss lui adjoignit quelques antennes, dont le musée la Vie paysanne de Montquintin, qui prit place dans la ferme de la Dîme en 1965. Toute sa vie, Montquintin lui tint à cœur et il tenta de multiples façons, mais sans grand succès, de faire restaurer le château, le colombier, la ferme…
Il fut enterré dans la plus stricte intimité au cimetière du village. Son épouse, Marguerite GARNIER est inhumée auprès de lui. La croix qui marque leur sépulture est une copie d’une tombe du cimetière Saint-Hislaire à Marville. On en retrouve également une identique au nom de Jeanine Depiesse au cimetière du village de Bleid (commune de Virton).





Quelques maisons privées à remarquer…


Suite aux deux Guerres mondiales qui ont marqué le village, de nombreux édifices ont disparu. L’indifférence a souvent fait le reste. Certains, endommagés, furent laissés à l’abandon. D’autres, restés intacts, ont subi des remaniements sous lesquels se discernent encore les caractéristiques de l’architecture traditionnelle gaumaise, et mériteraient d’être restaurés.

L’ASBL « A Montquintin » plaide en faveur d’une véritable rénovation rurale qui rendrait son harmonie au village. Parmi de belles maisons intactes, voici quelques exemples qui s’offrent à la vue, ainsi que des suggestions de mise en valeur.

Rue du Château-Fort

Etat actuel                                           Proposition

Cette rue borde le domaine castral (château, ferme et colombier)

Ferme en ruine du 18ème siècle.
En pierre de taille enduite de chaux et couverte jadis d’un toit de tuiles romaines, elle possède de belles proportions et sa porte d’entrée porte encore le millésime « 1796 ». Elle sert actuellement de hangar agricole et mériterait d’être restaurée.

Etat actuel                                           Proposition


Petite maison d’artisan.
Construite en 1848. Sa façade est toujours complète et porte également un millésime sculpté. Elle a été reconvertie en étable. Photos 5 et 6 (Légendes : Etat actuel - Proposition)

Etat actuel                             Proposition


Chemin des Morts
Ce nom provient du fait que les défunts d’Ecouviez, village aujourd’hui en France mais qui dépendait de la paroisse de Montquintin, étaient transportés depuis la vallée pour être inhumés sur la colline de Montquintin.

Maison Vivinus - Sternotte

Cette maison fut reconstruite après-guerre. En consentant d’importants travaux, son propriétaire a accentué son caractère et a harmonisé sa façade ocre, en mettant en valeur la belle pierre de taille dont elle est constituée.

Rue Saint-Quentin
Cette rue en cul-de-sac porte le nom du saint patron du village.


Maison Braffort (Milieu du 19ème s.)

La famille Braffort fut importante à Montquintin et y possédait de vastes biens. Cette belle demeure de pierre de la première moitié du 19ème siècle, n’a guère subi de modification, et montre encore tout son développement. De part et d’autre, les façades des dépendances (grange et étables) sont enduites et les contours de fenêtres soulignés de couleur comme le veut la tradition régionale. Le corps de logis, qui possède un bel équilibre par sa façade régulière et la distribution des baies, est dit « en parement dressé » (pierre soigneusement équarrie et polie). Il servit de kommandantur locale durant la Deuxième Guerre mondiale. Le bâtiment de gauche est aujourd’hui séparé. Il a été récemment restauré par la commune et reconverti en salle de village.

Gîte rural (17e et 18e siècles ).

Cette maison a probablement réuni deux maisons distinctes pour en faire une ferme. Il s’agit d’un des édifices les plus anciens, puisque une des portes d’entrée affiche un millésime de 1681. La plupart des autres baies remontent à des époques diverses : montants à pan coupé du début du 18ème siècle, linteaux cintrés de la fin du 18ème, fenêtre à meneau à l’arrière dénotent une origine très ancienne et des transformations continues au cours du temps. Aujourd’hui, les époux Toussaint ont adapté la maison en confortable gîte de tourisme qui peut accueillir des groupes jusque 12 personnes.
La terrasse et le jardin à l’arrière offrent une vue superbe sur un très large paysage. Le lieu peut aussi servir à des activités collectives, des expositions, des rencontres, etc.



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