Un aperçu des techniques de restauration

1. Le lavoir de Montquintin


Histoire et Description.

En contrebas du château, la lisière Nord du périmètre classé est bordée par les vestiges d’un long mur de terrasse qui délimitait jadis le potager du château, aujourd’hui reconverti en verger . Un large escalier de pierre y descendait, à présent bien endommagé. Deux sources jaillissent à cet endroit. Profitant de l’une d’elles, vers la partie médiane du mur, le lavoir du village est abrité sous une cave voûtée. L’accès à celle-ci, par une porte surbaissée à linteau cintré, se fondait dans l’alignement du soubassement de la terrasse.
Les renseignements concernant cette zone proviennent avant tout de ce que le potager figure sur la carte de cabinet des Pays-Bas autrichiens, feuille de Montquintin, dressée par le Comte de Ferraris à la fin du 18ème siècle.
La cave est de taille réduite, d’1,80 m de large sur 3 m de profondeur. Une petite surface dallée de pierres de taille précède un seul bassin carré, alimenté par l’eau suintant du mur du fond. Un peu plus loin, vers le mur de clôture Est bordant la route, se trouve en outre un second bassin circulaire non abrité, alimenté par l’autre source, dont une partie de la margelle en pierre a malheureusement disparu. Selon une tradition orale de M. et Mme Genin-Eischorn, qui sont les plus anciens habitants du village, la cave (qui à l’origine n’est donc pas un lavoir) servit aux lavandières du lieu jusqu’à la seconde guerre mondiale (sans doute peu après que l’aile droite du château eût été incendiée, et le site abandonné). La particularité vient de la forme générale de la voûte en plein cintre et des murs dont l’écartement s’élargit progressivement depuis la porte vers le fond, lui donnant une forme ovoïde tout à fait originale.

Etat général.
L’ensemble est fortement ruiné. Envahi par la végétation et les arbres, le mur de soutènement de la terrasse s’est affaissé sur presque toute sa longueur, entrainant dans sa chute la porte aux montants de pierre et la moitié de la voûte. Dans la moitié subsistante, une partie montre la trace d’une restauration ancienne, réalisée sans souci de respecter la courbure. Les parois intérieures n’ont ensuite pu résister à la poussée des terres. De plus, un captage plus récent vers un réservoir proche a justifié le scellement d’une canalisation dans le mur du fond. Un tuyau de fonte inesthétique traverse le bassin, rend inutile la vidange de trop-plein et a disloqué le dallage.

Restauration.
Situé en-dehors du périmètre classé, le lavoir ne pouvait bénéficier des subventions normales des Monuments et Sites de la Région Wallonne. Il fut alors fait appel au service PPPW (Petit Patrimoine Populaire Wallon) qui gère les monuments plus modestes non classés, faisant partie du patrimoine public. Cette procédure, elle non plus, ne put aboutir, imposant alors que le travail fût fait par les bénévoles, restaurateurs amateurs sous la direction du chef de chantier, historien d’art..

Etant une œuvre d’apprentissage, la restauration du lavoir est un travail lent, qui a débuté en 2005.
Les interventions ont été de plusieurs types et se poursuivent encore.
Un débroussaillage complet a été effectué afin de cerner le périmètre. Puis un déblaiement complet des éboulis a permis de reconnaître et récupérer la plupart des éléments de la porte, et de trier les pierres utiles. Les abords sont terrassés et nettoyés, pour délimiter l’alignement exact du mur de la terrasse.



Une fois le local vidé, des mesures de soutènement provisoire ont été prises. Par l’extérieur, il fut alors procédé à un nettoyage complet du dessus de la voûte, afin d’y placer une membrane d’étanchéité pour empêcher les infiltrations qui, en gelant, dessoclaient les pierres. Le bassin a été nettoyé et un relevé de mesures précis a pu être effectué.



Reconstruction des murs.
Une phase plus délicate consiste à brosser les murs intérieurs et les champs d’effondrement, avant d’entreprendre la restauration sur des bases saines. Afin de reconstituer les lits de maçonnerie et de les relier correctement aux parties encore en place, les moellons sont triés et alignés par type (densité de pierre) et par épaisseur, avant d’être scellés au moyen d’un mortier de chaux. Les pierres non conformes sont retaillées à la main. Les joints sont creusés profondément et s’apparentent ainsi à l’existant. Au moyen du fil à plomb, les lits sont progressivement superposés à l’aplomb de la base des murs, jusqu’au départ de la courbure de voûte. L’arrière est comblé, lit par lit, avec des cailloux de blocage, pour faire corps avec le massif de soutènement.

Surface.
Le tuyau de fonte est dégagé et démonté.
Après nettoyage, le bassin est examiné pour déceler les fuites et localiser le trop-plein. Le dallage est démonté, numéroté et reconstitué à l’écart. Après réalisation d’un coffre et la pose des pierres du socle des piliers, un enrochement de béton est coulé sur place.



Reconstitution de la baie.
Les éléments de piédroit et de linteau, disposés à l’extérieur, sont d’abord nettoyés et soigneusement mesurés. L’épaisseur de la feuillure pour la porte, la localisation des gonds et l’examen attentif des surfaces de pose permet de reconstituer l’agencement et l’aspect d’origine. Pour s’assurer de la hauteur et de l’écartement des piédroits, les mesures sont ensuite comparées avec les traces de scellement subsistant sur les murs intérieurs. On détermine ainsi la hauteur du socle nécessaire pour les stabiliser.


Le linteau comprenait deux claveaux et une clef centrale. L’élément de gauche est manquant et doit donc être retaillé à dimension. Pour ce faire, la pierre choisie sur place est d’abord dégrossie mécaniquement, puis poncée manuellement sur le modèle d’un patron.







Les piédroits sont posés l’un sur l’autre en veillant à les placer d’aplomb d’un côté avec les parois intérieures et de l’autre avec le mur de soutien extérieur de la terrasse, Des crochets en inox les solidarisent avec la maçonnerie arrière, puis les murs sont ragréés.






2009-2011
Pour soutenir le linteau, un coffrage de bois a été disposé, avant que les claveaux ne soient bloqués ensuite par les murs de façade. Là aussi, des crochets inox fixés à l’arrière lieront plus tard le cintre à la voûte qui doit être reconstruite.
Enfin, après la pose d’une nouvelle évacuation d’eau, le dallage est remis en place selon son dessin d’origine. Les manques sont comblés avec des pierres de récupération locales, mises à mesures. A l’extérieur, devant la baie, le sol est légèrement rabaissé pour favoriser le ruissellement du trop-plein et éviter la formation de boue.

2012
Reconstruction de la voûte.
Pour celle-ci, dans une première phase, une empreinte est prise sur la zone de voûte encore complète et non déformée (partie droite, au fond). Cette empreinte est reportée sur la partie déformée (à gauche) pour constituer un gabarit en plein-cintre. Celui-ci sera formé de plusieurs arceaux en bois disposés l’un derrière l’autre, à la manière d’une coque de bateau renversée . Par-dessus, un voligeage reproduit la courbure de la voûte. A titre d’essai, ceci se fait à l’extérieur du local. Pour plus de flexibilité, ces arcs seront ensuite sciés en deux, de façon à faciliter leur mise en place à l’intérieur.
A l’intérieur, ils sont posés de niveau, sur des madriers placés contre les murs. Une fois cela fait, des étançons métalliques réglables sont alors fixés sous les arceaux épousant la courbe et progressivement rehaussés à la main, créant ainsi une dislocation corrective de la zone, supportée par le coffrage. Les lits peuvent être complétés : les pierres manquantes ou disjointes seront reposées, d’abords à joints vifs, puis re-maçonnées ou rejointoyées avec un mortier de chaux de texture épaisse, en ayant soin d‘éviter les bavures entre elles. Par-dessus, un doublage coulé en béton armé vient renforcer et étancher la face supérieure de la voûte.



Dans le futur
Pour la partie complètement détruite (partie avant), des cintres, de diamètres variables selon l’écartement dégressif des murs latéraux, seront confectionnés et placés semblablement. Le coffrage de bois sera raccordé à celui de la partie déjà restaurée.
Puis, les pierres à maçonner seront d’abord triées selon l’épaisseur et la régularité de leur parement. Elles seront ensuite mises en place également à joints vifs, en raccordant l’épaisseur des lits à ceux déjà existants, pour éviter une « césure » de maçonnerie trop visible dans l’aspect final. En se rétrécissant vers la baie, les cintres viendront enfin épouser la courbure du linteau de la porte.
Enfin, un béton armé se raccordera à la zone arrière et renforcera l’ensemble.
En dernier ressort, un liner d’étanchéité couvrira la voûte, puis des drains seront placés à la base de la courbure. Le tout pourra alors être recouvert de terre et se noyer, comme par le passé, sous la surface herbeuse de la terrasse.

2013
Au milieu de tout le travail, peu de temps a été consacré à la fontaine sous voûte, en cours de restauration depuis plusieurs années. Le cintre du linteau de la porte a cependant été remis en place et maçonné, ainsi que l’amorce de la voûte qui rejoindra sous peu la partie déjà restaurée.





2. Restauration d’une baie : la construction de linteaux plats invisibles


Le travail passe d’abord par la stabilisation des ébrasements de la baie à couvrir : démontage des maçonneries, remontage à l’identique ou reconstitution au mortier de chaux avec, au besoin, solidarisation des parements avec l’arrière-mur en y ancrant des crochets en inox.

1. Insertion d’un linteau préfabriqué dans la maçonnerie.
Cette solution peut être adoptée pour éviter un démontage trop délicat des maçonneries supérieures.
Un linteau précontraint d’épaisseur adaptée doit assurer un nouveau soutien pour remplacer un linteau en pierre endommagé. Le but est de le disposer de manière invisible dans l’épaisseur de l’existant. Celui-ci est donc laissé en place et son épaisseur sera réduite en entaillant sa face inférieure sur toute la surface, sur une profondeur d’un cm en plus que l’épaisseur du linteau béton. Il est également taillé de part et d’autre de la baie sur une profondeur de 10 cm au niveau de ses zones d’appui sur les deux ébrasements, afin d‘aménager les appuis.
Le linteau béton est alors maçonné à joint vif dans l’espace ainsi libéré, en veillant, avant la pose, à enduire également sa face supérieure de mortier frais, de manière à assurer un contact sur toute la surface inférieure du linteau ancien laissé en place. Des trous d’ancrage sont ensuite forés en façade sur le champ antérieur du nouveau linteau, de manière à recevoir des vis inox, fixées au moyen d’une colle époxy. Ces vis dépassantes assureront l’accrochage d’un enduit de pierre reconstituée, selon la recette chaux/ciment/pierre broyée déjà expérimentée, qui se liera avec le parement du linteau d’origine. Pour finir, la face inférieure du linteau sera également enduite en couleur pierre. Les joints et fissures sont refermés au moyen du même mélange.

Pour le linteau proprement dit que l’on souhaiterait rendre peu apparent, deux variantes peuvent se substituer au béton préfabriqué. Les deux solutions suivantes permettent d’éviter, par exemple, les linteaux Stalton en béton peu esthétiques ou difficiles à intégrer dans un mur ancien dont le parement doit rester à pierres nues ou seulement badigeonné.

2. Linteau harmonisé ou Linteau à parement de pierre.
Le linteau à remplacer et la maçonnerie supérieure sont préalablement démontés sur une hauteur permettant le coulage facile du béton. Un coffrage en bois est réalisé à hauteur adéquate (soit celle du linteau d’origine) sur l’écartement de la baie. Sur ce plateau, en parement visible, est disposé un « coffrage perdu » constitué d’un ou plusieurs lits de pierres peu profondes dont l’épaisseur se mariera aux lits des maçonneries latérales de part et d’autre de la baie. On peut aussi choisir de les disposer en claveaux verticaux. Selon la taille de ces pierres et leur faculté à résister à la pression du béton, la face de ce lit sera maintenue ou non par un coffrage.
A l’arrière est coulé un béton armé, de teinte pierre (pigments naturels), venant déborder latéralement pour s’appuyer sur les ébrasements. Leur dos étant irrégulier, les pierres du parement s’ancreront dans le béton lors du coulage (Astuce : pour éviter que le béton ne s’insinue entre le coffrage et le lit de pose des pierres de parement, posez, avant coulage, une feuille de carton fin sur le coffrage, à l’arrière de celles-ci). Une fois le coffrage enlevé, la partie coulée du linteau n’est discernable que sur le fond de sa face inférieure. On ôte le carton et l’on rectifie alors au burin les bavures indésirables pour une finition idéale.

N.B.:Pour conserver un aspect naturel, la technique doit être réservée aux baies de petites dimensions.

3. Fabrication d’un linteau invisible ou faux linteau de bois
Dans le cas d’un linteau autrefois en bois (planche ou madrier) dont on souhaite conserver l’apparence tout en augmentant sa résistance et sa durabilité, le béton sera coulé sur une planche de bois de même essence et d’épaisseur quelconque, cernée entre deux chevrons ou deux madriers de même épaisseur que le linteau d’origine, le tout formant parement et placé à hauteur finie. Pour augmenter la résistance, Il sera cependant essentiel que le béton déborde et enveloppe de part et d’autre la planche inférieure, pour s’appuyer en réalité sur les ébrasements de la baie (voir schéma). Le coulage du béton peut aussi être remplacé par un linteau Stalton qui sera ainsi invisible dans l’épaisseur du mur.
Constituant un coffrage perdu restant en place après séchage, l’ensemble, une fois terminé, donne l’illusion d’un linteau en bois constitué de trois ou plusieurs madriers (selon la profondeur de la baie).
Les avantages de ces trois techniques sont multiples :
• L’intervention n’est pas dommageable pour le monument
• Elle est discernable et totalement réversible
• La technique est très bon marché
• L’ensemble chaux/ciment vieillit harmonieusement avec la pierre
• La résistance est retrouvée, voire meilleure.





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