CHANTIER 2015 : du 03 au 15 août.


19e RAPPORT de CHANTIER ANNUEL DE BENEVOLES


Du 03 au 15 août dernier, c’est une trentaine de volontaires bénévoles de tous âges qui ont rejoint notre traditionnel chantier de restauration. La 20e édition !

Des opportunités généreuses nous ont permis d’acquérir du matériel, et notamment des échafaudages supplémentaires.

Celui-ci, comme chaque année depuis déjà 20 ans, avait pour but de procéder à divers travaux de consolidation et d’étude des ruines, mais deux particularités ont permis d’aborder d’autres aspects de la réaffectation du site.

Dans le corps central du château
L’octroi d’une autorisation de fouille du SPW-DGO4 (Département du Patrimoine), tout d’abord, a orienté les participants, supervisés par les archéologues de l’association, vers l’étude approfondie de la pièce centrale du corps de logis (hall d’entrée du XVIIIe siècle). La bordure Ouest a été sondée en profondeur, mettant à jour de nombreux éléments intéressants.
En principal est apparu un segment de substruction fort massive (0,73 m d’épaisseur) perpendiculaire à la courtine Ouest et soigneusement appareillé, dont le ressaut de fondation va s’ancrer profondément (+/- 4 M) dans le sous-sol. Une première hypothèse pourrait l’interpréter comme appartenant à l’ancien logis-maître (XVe-XVIe s.) dont des indices sont encore discernables à l’extérieur, sous la forme de fenêtres bouchées sur la courtine Ouest du château.
Dans l’angle ainsi formé par ce massif et la courtine Ouest, l’enlèvement de la couche de débris superficiels (XIXe s.) a montré un enrochement épais lié de chaux, recouvrant une importante dalle de pierre percée d’un petit orifice circulaire bouché. Celle-ci était

cruchon
affaissée sur sa moitié, révélant un réduit maçonné de petites dimensions (l. 0,8 x L. 0,95 x P.1,4m). Sans nul doute s’agit-il ici d’une ancienne fosse septique (désignée « Dépotoir 4 »). Elle était en effet emplie d’un remblai fin organique de couleur noire, lequel contenait de nombreux et minuscules fragments (ossements, céramique, verrerie) qui seront analysés. Curieusement, un important cruchon de terre-cuite rouge à anse, trop large pour passer par l’orifice d’entrée, se trouvait parmi les résidus. On ne peut qu’en déduire que, soit l’objet a glissé à l’intérieur lors de l’affaissement de la dalle de couverture, soit il fut oublié là lors de la construction de la fosse. Sa forme très commune se retrouve aussi bien à l’époque romaine qu’aux XIVe ou au XVIIe siècles. Mais la stratigraphie à cet endroit l’oriente plutôt entre le XVe et le XVIIe. L’analyse des fragments organiques devrait permettre de préciser cette datation.


Jérôme exhume du dépotoir 4
un cruchon en terre-cuite
presque intact
Parallèlement à ces substructions, côté Nord, la même tranchée de fouille dévoilait l’arc de la voûte d’une cave fermée s’étendant vers le pignon Nord. Son développement est comparable à la cave de l’aile droite du château et est sans doute à mettre en relation avec elle. Sous réserve de recherches ultérieures, elle serait à dater de la même époque (XVIIe s.). et fut sans doute comblée lors des réaménagements du XVIIIe s. L’introspection de l’intérieur de cette cave n’a pas pu être réalisée, faute de temps.

En extrémité Nord du corps central, contre le pignon de l’aile droite, la finalisation par la fouille d’un sondage superficiel a permis de révéler les fondations de la façade et du fond de cette aile, se prolongeant vers l’Ouest, à l’intérieur du corps de logis.
Tout comme dans l’aile droite, lors d’un sondage réalisé en 2006, l’enlèvement à cet endroit de la couche superficielle de débris tardifs dévoile les restes incendiés d’un plancher semblable, formé de solives (l. 9cm) écartées de 40 cm, sur lequel étaient posées des voliges (l. 14 cm x Ep. 3 cm) orientées E-O. Apparaissent également les éléments d’un dallage de pierre, dont l’un, formant un seuil de porte, faisait communiquer l’aile droite et le corps central. Ce sondage doit cependant être poursuivi afin de confirmer ou non la contemporanéité de l’aile droite avec une ancienne façade du corps central qui serait en retrait de l’actuelle, tel que cela semblait déjà discernable lors de la restauration des caves. Cet ensemble serait daté d’une période juste antérieure aux dernières

Montquintin, sur les carte de Villeneuve et Ferraris
transformations majeures du corps central et confirmerait le plan du château repris sur les cartes de Villleneuve (1700) et Ferraris (bien qu’étant de 1775, on a déjà démontré que Ferraris a basé son plan sur des renseignements antérieurs): sur ces cartes, les trois bâtiments apparaissent de dimensions semblables, alors que le corps central signé par de Hontheim est aujourd’hui bien plus vaste que les ailes. Ceci indiquerait que la transformation du château en trois corps est à reculer plutôt au XVIIe s. qu’au XVIIIe ; le matériel probant est malheureusement absent de cette zone.


Fouille de l’ancienne cage
d’escalier, en connexion
entre le corps de logis
et l’aile gauche
En extrémité Sud, enfin, la fouille approfondie du réduit en quart-de-rond formé dans l’angle de la courtine Sud et de l’aile gauche du château, permet de conclure à la présence d’une cage d’escalier et non d’une tourelle, comme supposé antérieurement, puisqu’elle n’a pas de fondation. Celle-ci, en connexion avec la porte d’étage de l’aile gauche, fut creusée avant le XVIIIe s. dans l’épaisseur de la courtine Sud et du mur de refend séparant les deux bâtiments. Désaffectée ou modifiée, elle fut ensuite ravalée dans le plan orthogonal tardif. D’autres substructions qui, bien que désaxées, forment les fondations du plan tardif, témoignent d’un plan antérieur du corps central. S’y ajoute, sous le sol des cuisines, la surface d’une strate formée de pierres mises de champs. Vu l’étroitesse du champ de fouilles, ces élément épars ne peuvent donner lieu à aucune hypothèse avant d’être reliées entre eux dans un plan général, qui se constitue progressivement.

Enfin, le programme prévoyait également des sondages permettant de préciser le tracé de l’enceinte extérieure (côtés Sud et Est) du château, tracé qui est toujours présent sur les anciens plans cadastraux de 1807, 1815 et 1843. Là non plus, malheureusement, la nécessité de procéder simultanément à divers travaux de consolidation dans l’aile gauche et dans l’aile droite, et la modestie des moyens financiers à notre disposition n’a pas permis d’implanter d’autres sondages.


Montage du premier plateau
scénique de l’espace de
spectacle,
et la préparation du second
devant la façade principale
Quant à la maintenance des murs, outre l’entretien général du site (élagage, déblaiements, débroussaillages), elle s’est donc essentiellement portée sur la façade principale du corps central, et dans les deux ailes gauche et droite. Pour la première, un tri attentif et un mesurage des jambages récoltés dans les décombres a permis d’identifier les piédroits des fenêtres qui ont été sélectionnés en vue de leur prochaine restauration. Dans cette perspective également, des coffrages ont été réalisés pour les arrières linteaux en béton destinés à stabiliser l’ensemble. Ces interventions sont réalisées dans le cadre du « Théâtre de Pierres », un vaste espace de spectacle en plein air qui sera doté de trois plateaux de scène et de deux passerelles entièrement démontables, reliant différentes secteurs du château (cour principale, aile gauche, courtines et tour Ouest). Le premier plateau de scène destiné au corps de logis a en outre été conçu et installé.



L’ensemble, avec ses futures passerelles au niveau du premier étage, fait aussi l’objet d’une projection 3D qui doit être finalisée.

Esquisses 3D vues depuis l’Est
© Léopold Culot – Fac. Archi. ULg



Aile gauche (fournil):
Confection des cintres
de la voûte
Dans l’aile gauche, le réduit constituant le fournil a été mesuré et préparé en vue de l’installation d’un coffrage cintré jouxtant le noyau de la tour Sud ; ce coffrage recevra la reconstitution de la voûte dont l’appui est toujours visible contra la courtine Sud. Le démontage de maçonneries fragilisées dans le réduit contigu a révélé une excavation hémisphérique originellement creusée dans la courtine Sud, dont la destination n’a pas été établie. Elle était recouverte d’un enduit noirci qui pourrait l’identifier à une petite forge, encore qu’aucun autre indice, pas même un conduit de cheminée - ne confirme cette hypothèse. Enfin, la restauration des jambages de la porte d’étage communicant au corps central s’est poursuivie, et la consolidation du mur de façade à cour menée à bonne fin.





Intervention sur la courtine
Nord et l’accès à la tour Est
(1er étage)
Dans l’aile droite, l’attention s’est portée sur la consolidation d’une partie intérieure de la courtine Nord et de la façade à cour. Celle-ci a été démontée et remontée à l’identique. A la reconstitution de la baie de grange, entamée depuis quatre ans, ne manque désormais plus que le cintre. Dans la tour Est adjacente, a été réalisée l’étude des traces résiduelles qui a permis de débuter la reconstitution de l’accès à l’étage avec la mise en place du seuil et des premiers piédroits de la porte.

Enfin, en limite Est de la cour centrale, a débuté le déblaiement des murs de soutien en vue du repositionnement des grilles de clôture. La zone des remparts septentrionaux n’a pas requis d’autre attention qu’un débroussaillage régulier et un nettoyage soigné. Toutefois, le coffrage de la voûte du lavoir sous cave est achevé et la restauration pourra être prochainement finalisée, au moyen des pierres qui ont été triées.

Tous ces travaux se poursuivront dans la prochaine campagne, programmée du 01 au 13 août 2016 (lien hypertexte)

Ont participé à ce 19ème chantier de restauration :
Céline BERKES, José BURTON, Joseph COLLIGNON, Olivier CONRARD, Antoine CONRARD, Didier CULOT, Léopold CULOT, Camille CULOT, Arthur DAWANCE, Albert DECLAYE, Sarah DE PROFT, Loris DERU, Colin DERU, Alain DESSART, Philippe DETREMBLEUR, Simon ENGLEBERT, Laure FELDMANN, Daniel FLAMAND, Mathilde HARDENNE, Justine HUART, Evelyne LEHARDY, Maelle LEPEUT, René LHOTTE, Béatrice OTJACQUES, Guy PAULUS, Jérôme PARMENTIER, Valérian PINAUD, Bernard RONGVAUX, Catherine ROMMELAERE, Francis ROSSION, Lorie SIMON, Vincent SOETENS, Vivien THIRY, Pierre THOMAS, Louis THOMAS, Loïc VAN SCHINGEN, et les petits Julien HARBALESTRIER et Enzo LEGENDRE.

Remerciements : au Fonds KELYDDON et à la PROVINCE DE LUXEMBOURG pour leur soutien financier, au Dr GEORGES (Athus) pour le don d’une table d’extérieur en bois traité ; à M. Yannick HIZETTE (Dampicourt), pour le don d’importantes pierres de taille, à M. Jean-Marie ANDRIANNE (Montquintin) pour le prêt de tréteaux, à M. Alex NICOLAS (Ets BGR) pour le prêt d’une nacelle motorisée, à M. Albert DECLAYE pour la mise en image du site, à M. Léopold CULOT pour les reconstitutions architecturales 3D, et à toutes les petites mains amies pour leurs aides logistiques, repas, boissons, véhicules, matériel, qui garantissent le succès de nos campagnes.

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