CHANTIER 2014 : du 28 juillet au 9 août.


18e RAPPORT de CHANTIER ANNUEL DE BENEVOLES


La phase I du projet de restauration se poursuit. Dans ce 18ème chantier, c’est principalement sur la réalisation du « Théâtre de Pierres » en vue de l’animation future du site, que s’est concentrée l’attention.
En préambule, rappelons que cet espace de spectacle en plein air s’intègre dans le corps central et la cour du château. Tous les aménagements prévus (plateaux scéniques, passerelles, escaliers) s’adaptent à l’architecture du monument pour le mettre en valeur et utiliser ses atouts, mais ils ne lui seront pas solidaires, puisqu’il s’agira d’équipements totalement démontables ou réversibles.
Mais le travail ne se limite pas à la vision idéale de ce projet proche ; le reste du site réclame aussi sa part de soins: pour la bonne circulation des visiteurs, les voies d‘accès, notamment vers le bas du rempart Nord, ont dû être rénovées (photo) ; d’importants terrassements manuels, la sécurisation de zones endommagées et fragilisées, la préparation des pierres (sélection, nettoyage, réparations éventuelles) sont toujours requis(photo). Sur ce point, nous pouvons remercier le Home de la Ste-Famille de Rouvroy (Mme V. Charlier), qui, à l’occasion d’agrandissements de son établissement, nous a proposé un important lot de pierres de récupération aimablement transportées sur place par les Ets B.R.G. de Ruette.
L’usage d’un drône muni d’une caméra nous permet pour la première fois de réaliser des vues aériennes précises, pour nous rendre compte de l’état des superstructures du château, en particulier sur les courtines Sud et Ouest, et sur la tour Ouest. Ceci conditionnera le programme des campagnes suivantes. Des échafaudages et une nacelle de manutention, généreusement prêtés par l’entreprise de toiture GTR de Virton (M. Alex NICOLAS), ont complété cet équipement pour faciliter également de nombreux nettoyages et manutentions.







Dans le corps central et la tour Ouest
Dans la perspective de l’installation du plateau de scène principal, le soubassement de la façade à cour a été achevé, qui constituera le bord de scène dissimulant la rampe.
Un nivellement précis du sol a ensuite été effectué jusqu’au niveau original des 18è -19è siècles.
Dans la pièce de façade, jadis affectée à la cuisine du château (à gauche de la porte d’entrée principale), il a permis de dévoiler des contours en pierre de taille soigneusement disposés, identifiés comme le socle de la cheminée . Celui-ci montre nettement ses traces de feux et réserve les emplacements utiles à deux taques de foyer, une horizontale et une verticale, qui ont malheureusement disparu. Le périmètre a été nettoyé pour être conservé.

Ailleurs, sur toute la surface, trois tranchées parallèles ont été creusées mais à très faible profondeur, de manière à ne pas heurter le substrat archéologique éventuel. Trois rangs de blocs de béton, affleurant au même niveau que le sol ancien, y ont ensuite été scellés. Ces blocs serviront de soutien à la structure qui recevra prochainement le plateau de scène principal (radier de poutres et plateau de bois tous deux amovibles). Cette structure, réservant un vide ventilé, sert à drainer l’espace tout en dissimulant le passage de câbles ou tuyaux éventuels. Une trappe de visite sera ménagée pour un trou de souffleur dans ce plateau à l’aplomb du puits.

Lors du nettoyage du second salon de façade (droite de la porte d’entrée), un sondage superficiel a été effectué dans le prolongement de la façade de l’aile droite, à l’aplomb d’un mur de refend. On savait déjà, par l’examen des caves, que la plus grande cave avait été raccourcie, mais la connexion d’origine avec le corps de logis n’était pas claire. Les substructions découvertes, soigneusement relevées et photographiées, apportent des précisions sur l’évolution du bâtiment.
La tour Ouest a fait l’objet d’un examen approfondi de ses superstructures, afin de déterminer les priorités d’intervention. La porte supérieure s’avère particulièrement fragile et a été étançonnée, mais à bref délai, c’est tout le sommet de la tour, sur une hauteur de deux mètres, qui devra être démonté et reconstitué.
Enfin, dans le secteur Nord du corps central, la face intérieure de la courtine Ouest accusait elle aussi une sérieuse instabilité et des menaces d’effondrement. Notons que la partie inférieure montre une épaisseur conséquente (1,50 m), conforme à celle du périmètre castral, alors qu’en partie supérieure (1er étage), l’épaisseur est réduite. Ceci dénote soit une surélévation soit une reconstruction à une époque récente (18e s.). Cette différence évoque l’idée d’un chemin de ronde, particularité que l’on retrouve à la même hauteur sur une partie de la courtine Nord et sur les restes de la courtine Est formant pignon de l’aile droite du château.
L’intervention consista à démonter la partie inférieure, sur une longueur de +/- 7 M et une hauteur d’environ 1 M en vue de la remonter à l’identique. Cependant, en cours de démontage, sont apparus les vestiges de deux baies rebouchées, à ébrasement très évasé évoquant des meurtrières, placées côte à côte à hauteur du premier étage. Conformément au principe adopté de conserver et de mettre en valeur tous les vestiges des phases antérieures, la décision fut donc prise d’en poursuivre l’examen par un déblaiement complet de l’intérieur.
L’ouverture extérieure de ces baies n’est malheureusement pas discernable sur la courtine Ouest. A l’intérieur, l’ouverture de la première d’entre elles est en partie amputée par la présence d’un mur de refends du 18e siècle qui est venu s’y engager. Après déblaiement, l’autre montre un ébrasement presque complet. Ces baies seront conservées, et la plus complète a été protégée par un linteau en béton de teinte « pierre ».

Dans l’aile gauche.
En attendant son affectation définitive en musée de site, l’aile gauche doit servir provisoirement de locaux de réserve et accueillir la technique utile aux espaces scéniques du corps central.
Après les sols aménagés à l’étage en 2013, la restauration du mur de façade à cour a requis les efforts habituels de démontage et remontage à l’identique des maçonneries existantes, ponctuées par la réalisation de linteaux maçonnés invisibles pour les petites fenêtres de l’étage. (voir Un aperçu des techniques de restauration) Tout le champ supérieur à dû être restauré sur la moitié de la longueur de l’aile.
En vis-à-vis, le champ supérieur de la courtine Sud montre des zones fragilisées. Ce champ est intéressant, car les parements intérieur et extérieur, légèrement surélevés, démontrent qu’une poutre sablière en bois était sans doute insérée dans l’épaisseur du mur. De nombreux problèmes de stabilité se posent sur toute la longueur et en particulier à l’extrémité Est, qui recèle encore des vestiges de la tour Sud disparue. Il devra être lui aussi prochainement démonté et remonté sur une hauteur d’environ un mètre ; pour solidariser les murs et pignons entre eux, une nouvelle poutre sablière en béton armé sera ultérieurement coulée qui répartira en outre le poids de la toiture de façon régulière sur tout le périmètre.
La restauration de la porte de l’étage communiquant vers le corps de logis a débuté par la pose de trois pierres de seuil. Le piédroit manquant est ensuite reconstitué avec des éléments de récupération, qui ont été liés à la courtine Sud après avoir soigneusement éliminé l’ancien mortier. Depuis cette porte, un escalier contemporain de sortie et des passerelles en bois/métal s’installeront plus tard dans la zone arrondie du corps central qui flanque l’aile gauche. Ils serviront à circuler vers le rez-de-chaussée ou vers le premier étage de la tour Ouest.
A l’extérieur, toujours à la recherche d’une ancienne façade à cour qui témoignerait d’une largeur plus grande de ce bâtiment dans une phase antérieure, un sondage supplémentaire d’une trentaine de centimètres de profondeur a été creusé, entre les première et deuxième portes. Mais on tombe ici directement sur ce qui semble être le sol en place, ou les remblais d’argile amenés lors de l’édification du contour castral, sans aucun vestiges ni matériel.

Dans l’aile droite et la tour Est
Le remontage du porche de grange s’est poursuivi sur la façade à cour, en mettant en œuvre des piédroits de récupération, soit sélectionnés sur place, soit mis à mesure pour compléter l’encadrement. Les deux montants sont désormais presqu’à niveau. (photos : état avant-après) Il reste à les harmoniser avec l’ensemble par taille et ponçage. Une phase plus complexe consistera à façonner les pierres qui reconstitueront le linteau cintré malheureusement manquant.

Au rez de la tour Est, après le travail de reconstitution réalisé sur les piédroits de la porte (voir
Rapport de chantier 2013), reste le linteau en place, fendu et délité qui n’offre plus les qualités de soutien nécessaire. Ce linteau est en deux parties : la partie avant est constituée d’un bloc monolithe dont la face arrondie épouse la courbure de la tour. La partie arrière est une pierre plate, légèrement surélevée par rapport au linteau avant, de manière à offrir une battée et permettre les mouvements d’une porte. Il est lui aussi fendu et affaissé, mais, malgré son état, la présence d’un arc de décharge assure la stabilité. Vu sa taille et la profondeur de la baie, un démontage et un remplacement pur et simple supposeraient des techniques lourdes et trop coûteuses. Il est donc décidé de le consolider, selon une méthode apparentée à celles adoptées en 2013 pour les piédroits de la porte ainsi que pour les linteaux de l’aile gauche.

Seule la partie avant a d’abord subi une intervention (Voir aussi : Un aperçu des techniques de restauration):
Un linteau précontraint Stalton de 6cm d’épaisseur sera suffisant pour assurer un nouveau soutien à cette partie de la baie. Il doit être disposé de manière invisible dans l’épaisseur du linteau avant. Celui-ci est donc laissé en place et sa face inférieure est entaillée sur toute sa surface, sur une épaisseur de 7 cm. Il est également taillé de part et d’autre de la baie sur une profondeur de 10 cm au niveau de ses zones d’appui sur les deux ébrasements, afin d‘aménager les appuis du linteau Stalton.
Ce dernier est alors maçonné à joint vif dans l’espace ainsi libéré, en veillant, avant la pose, à enduire également sa face supérieure de mortier frais, de manière à assurer un contact sur toute la surface inférieure du linteau ancien laissé en place. On veille aussi à aligner son champ postérieur avec les anciennes batées latérales de la porte, car le Stalton offre l’avantage d’avoir la même épaisseur que les dites batées (6 cm). Des trous d’ancrage sont ensuite forés en façade sur le champ antérieur du nouveau linteau, de manière à recevoir des vis inox, fixées au moyen d’une colle époxy. Ces vis dépassantes assureront l’accrochage d’un enduit de pierre reconstituée, selon la recette chaux/ciment/pierre broyée déjà expérimentée, qui se liera avec le parement du linteau d’origine. Pour finir, les joints et fissures sont refermés au moyen du même mélange et la face inférieure du linteau sera également enduite en couleur pierre.

Du côté de la tour Nord
Après un nouveau nettoyage d’entretien et un traitement des végétations, la reconstitution du périmètre a pu débuter par un rehaussement du soubassement.
Après la sélection et la pose de pierres d’angles, la technique adoptée consiste à reconstruire sur une faible hauteur les parements de pierre intérieurs et extérieurs de la tour Nord et du tronçon détruit de la courtine Nord, qui engloberont ensuite un blocage de béton sur une hauteur de 30 à 80 cm. (photos : état avant-après) Cette volumétrie des vestiges mieux perçue sera ensuite couverte d’une terrasse en bois qui protègera les volumes souterrains, formant un espace de circulation vers le corps central.

Evolution historique du bâtiment
Les quelques sondages réalisés permettent de préciser deux ou trois points sur la chronologie des lieux.

Aile gauche
Des questions se posent toujours sur les états antérieurs de cette aile. Jusqu’à présent, les linteaux droits sans mouluration des baies de la façade à cour semblaient plaider pour un état tardif (19è s.), mais sur la base d’une aile qui aurait été jadis aussi large que celle en vis-à-vis et aurait été ultérieurement rétrécie.
Différents éléments plaident en faveur de cette hypothèse : tout d’abord, la carte de Ferraris (ci-contre) (v. 1766) montre deux ailes de largeur identique ; l’engagement profond d’un des fours à pain dans l’épaisseur de la façade à cour, ou l’amorce d’un départ de voûte contigu au noyau résiduel de la tour Sud, à l’intérieur sont d’autres indices . Pourtant, contre cette hypothèse, force est de constater que, malgré plusieurs sondages réalisés lors de campagnes antérieures, les soubassements d’une autre façade n’apparaissent nulle part, ni en jonction avec la courtine Est, ni avec la façade principale du corps central. Rien ne vient donc confirmer cette proposition. Par contre, une partie de la réponse se trouve assurément dans le corps central : dans le petit réduit en quart-de-rond (zone sud) sondé en 2013, les choses paraissent plus claires : dans ses fondations, la façade de l’aile gauche se prolonge à l’intérieur, et fait jonction avec un mur en retrait et parallèle à la façade à cour du corps central. Ce qui prouve que l’aile gauche étroite existait déjà dans une phase antérieure à l’aspect actuel du château.
Sur la datation de cette petite aile, le style de la 1ère porte nous interpelle : sa moulure en quart-de-rond, semblable à celle de l’aile droite en vis-à-vis, la reporterait au 17e siècle. Le jambage de droite semble en place d’origine, mais la pose maladroite du linteau sur le jambage de gauche indique qu’il y a eu remploi, ou tout au moins modification ; de plus, comment expliquer la différence de style avec les autres baies ? Il faudrait alors conclure à un simple remaniement tardif de la façade. Ce remaniement aurait eu lieu au 19e s, car s’il était du 18e, les linteaux seraient probablement cintrés comme ceux de l’aile droite.



Corps central
En courtine Ouest, le dégagement des deux baies évasées décelées fortuitement à l’intérieur de la maçonnerie nous permet de bénéficier de rares éléments médiévaux encore en place et de les mettre en valeur. Il est difficile d’identifier ces ouvertures jumelées : au nombre de deux seulement, elles sont à faible hauteur, mais leur appareillage soigné dénote une fonction importante ; leur percement n’a pas encore été décelé sur la face extérieure de la courtine et on ignore si un linteau les couvrait. S’agit-il donc des vestiges d’un alignement de meurtrières, de fenêtres évasées ou de simples niches rebouchées lors du remaniement de la courtine Ouest, sans doute au 18ème siècle ?

Dans le salon de façade, le sondage réalisé a permis de conforter une hypothèse née de l’examen du couloir de cave, c’est-à-dire la présence de fondations en retrait et apparemment parallèles à la façade actuelle. On a pu mettre au jour les fondations bien appareillées formant un raccord de l’aile droite et du corps central : dans le corps central, il se fait, comme on le supposait en recul de l’actuelle façade à cour principale. Ce mur pourrait constituer une façade antérieure du corps de logis, lors de la création d’un château résidentiel à trois corps en U qui modifia profondément l’aspect médiéval des lieux. Ce grand logis aurait été autrefois moins profond qu’aujourd’hui. Par d’autre recoupements, il conviendra de préciser le tracé de ce mur afin de situer plus précisément l’époque à laquelle ce changement majeur intervint Ce point, lié à la façade de l’aile droite, dont la baie la plus ancienne est du 17e siècle (époque des Suys), ne rediscuterait pas fondamentalement l’évolution du monument, mais peut remettre en question la datation de ses différentes phases tardives de développement, notamment pour le corps central.
De ces investigations, la plus intéressante hypothèse est la période de changement d’apparence du château : on pensait que sa forme en U, avec trois corps de bâtiments disposés autour d’une cour intérieure, avait été adoptée au 18e siècle, mais on devrait pouvoir la situer à une période antérieure, peut-être dès le 17e siècle.


Ils ont tous participé : Michel CHENNAUX, Georges COOS, Léopold CULOT, Marie-Christine CLAES, Frédéric CLAES, Olivier CONRARD, Justine HUART, Eric DEGAND, Sarah DE PROFT, Quentin DE PROFT, Colin DERU, Philippe DETREMBLEUR, David ENTHOVEN, Daniel FLAMAND, Philippe HENRARD, Virgile JULLION, Thierry LEVEILLEE, René LHOTTE, Valentin MOREAU, Jérôme PARMENTIER, Guy PAULUS, Mickael PIERRARD, Bernard RONGVAUX, Vivien THIRY.

Et merci également à : Paulette CORNEROTTE, Françoise GENGLER, Christine ENTHOVEN-HERMAN, Dominique PROTIN, Jean-Marie ANDRIANNE, la RTBF ainsi qu’à tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué avec le sourire à son entière réussite.

Et avec l’aide précieuse de :

Province de Luxembourg - Département Culture