CHANTIER 2013 : du 29 juillet au 10 août.


17e RAPPORT de CHANTIER ANNUEL DE BENEVOLES


Pas moins de 68 candidats se sont inscrits à ce 17ème chantier annuel. Un record ! Et la preuve que Montquintin occupe désormais sa place dans les chantiers de restauration de Patrimoine; il bénéficie de nouveaux renvois médiatiques, e.a. sur les sites Internet de l’Institut du Patrimoine Wallon (IPW), sur Archeologia.be ou sur celui de l’Association royale des Demeures historiques de Belgique (ARDHB).
Il s’agit d’ailleurs du seul chantier de ce type dans le Sud-Luxembourg.
Preuve aussi que la demande est forte dans le public pour ce type d’activité. On ne peut que s’en féliciter.

Outre une équipe fidèle, assidue pour certains depuis plus de 10 ans, et de nouveaux venus individuellement, deux troupes de pionniers français, soit une quinzaine de scouts de Forbach (Lorraine) et du Finistère (Bretagne) nous ont rejoints cette année pour tenter une expérience inédite pour eux.

Un tel nombre, qui dépasse largement le quota habituel, pose d’inévitables problèmes d’organisation :
hébergement, intendance, attribution des tâches, fourniture d’outillage. Si les habitués sont familiarisés à notre démarche, beaucoup des nouveaux participants n’ont pas de formation spécifique. Il convient donc de les former et de les affecter à des tâches à la mesure de leurs aptitudes. Il s’agit surtout d’harmoniser les groupes entre eux dans la bonne humeur et la collaboration. De ce côté, on peut dire que la réussite fut à la mesure de nos espoirs, grâce à une excellente préparation de part et d’autre, et une coordination sans faille.


Sans négliger la maintenance générale du site, les nettoyages et débroussaillages traditionnels, ainsi que l’étude des indices historiques, cette campagne poursuivait deux buts principaux :
1. Préparer les lieux à l’installation d’un espace de spectacle en plein air dans la cour centrale ;
2. Concevoir un circuit piétonnier permettant de faire le tour complet des vestiges, pour découvrir notamment les remparts du XVe siècle situés en contrebas du flanc Nord du château.
Ces deux points ne dispensent pas du suivi des travaux de consolidation, entamés depuis près de 20 ans.

Aile gauche
Rappelons que ce bâtiment très étroit doit offrir des locaux techniques et la restauration du fournil au rez-de-chaussée, tandis que l’étage constituera une galerie de circulation évoquant l’histoire du château et de la seigneurie de Montquintin.
A l’extrémité Est de cette aile, la citerne en sous-sol des anciennes latrines (vestiges de la tour Sud, appelée aussi « Dépotoir n°1 ») a vu sa voûte reconstituée à l’identique et le coulage d’un béton de surface. Celui-ci constituera un socle définitif pour l’escalier à vis qui est projeté au sein du noyau subsistant de la tour Sud, pour donner accès du rez à l’étage.
Désormais, cet étage est lui aussi partiellement établi, consolidant la zone qui couvre le fournil et les deux petits locaux annexes du rez-de-chaussée. Cette étape bride ainsi les murs périphériques (courtines Sud et Est, et façade à cour) et permet une circulation des équipes.

A terme, la porte de l’étage donnant à l’Ouest sera restaurée, et un escalier de sortie contemporain redescendra au rez-de-chaussée du corps central.

Le dernier four à pain, logé au cœur de la courtine sud, se trouve ainsi lui aussi protégé des ruissellements, et sa restauration a pu débuter par la reconstitution du manteau de cheminée effondré.





Aile droite et tour Est.
Les interventions se sont limitées à la restauration de baies.
Le porche de grange a vu son jambage gauche rehaussé. Au fur et à mesure du rehaussement de ce pilier, la maçonnerie adjacente fragilisée de la façade est localement démontée, puis remontée à l’identique, afin d’assurer un liaisonnement adéquat avec les éléments de piédroit mis en place.

A la porte de la tour Est, les pierres des jambages sont fortement endommagées en de larges éclats par les incendies et le gel, qui menacent la stabilité du linteau, lui aussi fragilisé. Malgré leur état, le choix s’est porté sur une réparation en simili-pierre, plutôt que sur un remplacement des blocs qui sont de grandes dimensions, engagés profondément dans l’ébrasement de la porte et de taille complexe.




La réparation en simili-pierre – Technique et produits.
Cette technique, qui offre l’avantage d’être réversible, est donc adoptée à titre expérimental.
Le travail s’élabore en trois étapes :
1. Récupération de certains éléments pouvant être recollés au moyen d’une colle époxy, et nettoyage soigné de toutes les surfaces délitées. Puis, l’ancrage dans la pierre, de vis inox afin augmenter l’accrochage futur d’un mortier de pierre reconstituée.
2. Ensuite, la préparation des coffrages passe par l’examen attentif de la forme initiale, et surtout de la courbure de la tour sur base des vestiges en place,
3. Le béton à couler est composé de 50% d’agrégat de pierre calcaire 0,2 mm (Note : il ne s’agit pas ici de gravier calcaire, mais de pierre broyée), ajouté à du ciment blanc et de la chaux hydraulique naturelle N2 en parts égales. Ce mélange offre une bonne adhérence et favorise les échanges hygrométriques pour se fondre dans son environnement mieux que du béton pur. Il est ensuite coloré au moyen de pigments rouge et ocre naturels.
Les coffrages sont faits de panneaux d’aggloméré hydrofugé, dont chacun couvre chaque face du jambage ; des chevrons de la section adéquate seront préférés pour les battées intérieures de la porte. Tout d’abord, deux panneaux épais couvrant les ébrasements gauche et droit, ainsi que les chevrons de battée sont posés et assemblés sur toute la hauteur, puis bridés fermement pour fixer l’ensemble durant la coulée ; des panneaux plus petits et plus fins sont ensuite préparés, selon la hauteur de chacun des blocs ; leur épaisseur permet d’épouser la courbure de la tour. Le coffrage des deux blocs gauche et droit du bas peut alors être complété. Le panneau de face du premier bloc du bas est fixé et maintenu au moyen de serre-joints reprenant le chevron de la battée arrière. Le coulage peut avoir lieu ; il se fait bloc par bloc, en complétant progressivement le coffrage de chacun des blocs, et en prenant soin d’insérer au fur et à mesure de la coulée, une ardoise de séparation à l’endroit de chacun des joints. Chacun des blocs endommagés sera ainsi reconstitué individuellement, avec la courbure de son parement, l’ébrasement et la battée intérieure de la porte.
Après séchage partiel (2 jours), le décoffrage a lieu ; les surfaces sont alors retravaillées au «chemin de fer» (rabot à pierre) et à la boucharde, pour leur donner l’apparence de la pierre.Les ardoises apparaissent dans les joints, restituant ainsi l’aspect initial. Cette formule permet en outre la flexibilité de l’ensemble, puisqu’aucun des blocs n’est solidaire d’un autre.


Pour le moment, seuls les deux piédroits ont ainsi été réparés. La coloration après séchage est cependant difficile à déterminer d’avance, puisqu’elle se fait lors du mouillage du béton. Mais, s’agissant de matériaux naturels, elle devrait évoluer avec le temps.


Corps central
Les travaux actuellement réalisés dans l’ancien corps de logis se font dans la perspective de la création d’un espace de spectacle, susceptible d’animer le site et d’apporter au projet global quelques moyens de financement (voir le «
Théâtre de Pierres» sur la page Projet de restauration.)

Au centre de la façade à cour, l’emplacement et la largeur originelle de la porte d’entrée sont reprécisés visuellement par la pose, en pilier gauche, d’un nouvel élément de jambage en calcaire bajocien. Il est taillé à l’identique de son vis-à-vis. Sur le parement extérieur, les blocs manquants sont remplacés par des blocs de récupération. Les blocs taillés endommagés sont réparés selon la technique de simili-pierre. Le soubassement de la partie de façade détruite est ainsi reconstitué pour servir d’avant-scène, en y incluant l’emplacement des anciennes embrasures de fenêtres.

Dans la partie méridionale du corps central, c’est le réduit en quart-de-rond qui a retenu notre attention. Un sondage superficiel, réalisé là dans la perspective du placement d’un escalier de sortie de l’aile gauche, ne fait que poser de nouvelles questions par les quelques vestiges découverts. Alors qu’on attendait le prolongement du quart-de-rond de surface en sous-sol, il n’en est rien. Par ailleurs, le mur de refend Ouest de ce réduit est posé sur une fondation antérieure fortement désaxée par rapport au dernier plan orthogonal adopté à partir du XVIIIe siècle. Perpendiculairement, on retrouve encore d’autres fondations qui sont dans l’axe de la façade à cour de l’aile gauche et qui, passant sous la façade actuelle du corps de logis, viennent se raccorder à l’intérieur du logis.
Ce dernier détail appuie l’hypothèse de l’existence d’une façade du corps de logis aujourd’hui disparue, mais en recul et donc antérieure à celle d’aujourd’hui qui date de J.J. de Hontheim (1803). En ce cas, la réduction de l’aile gauche serait le fait, non de ce dernier comme on le croyait, mais d’un de ses prédécesseurs, peut-être son oncle Jean-Nicolas de Hontheim. Ceci montrerait alors définitivement que le neveu, au XIXe siècle, aurait approfondi encore le logis, que son oncle, lui, avait considérablement élargi au XVIIIe siècle.

Dans la partie Nord du corps central, s’achève la restauration des voûtes des caves. Le décoffrage laisse apparaître l’appareillage des parties reconstituées à l’identique, du couloir de liaison entre le corps central et l’aile droite, ainsi que l’extrémité de la cave de l’aile droite qui menaçait de s’effondrer.

Couloir de la cave Nord : Etat comparé 2007 et 2013 le travail final a consisté à couler un béton de surface sur chacune de ces voûtes, en respectant le tracé d’un état antérieur qui a pu ainsi être conservé, photographié et relevé sur papier. Les excavations ont été partiellement rebouchées non sans avoir posé des drains. Ceux-ci dirigent les eaux de surface vers la cave et le «Dépotoir 2», reconverti en citerne contre le soubassement de la tour carrée Nord.
La fouille de ce dépotoir n°2 est à présent achevée. A 6 M sous la surface, le niveau vierge semble avoir été atteint sous les premières fondations de la tour carrée, mais sans qu’aucun matériel ne viennent dater ce niveau. Rappelons que la vidange du dépotoir en 1998 avait permis de situer son usage aux XVIIIe et XIXe siècle.
Mais l’essentiel résidait dans l’examen attentif du flanc Est de la tour carrée, montrant que celle-ci a subi deux phases de construction antérieures à la fondation du périmètre castral, puis a été ensuite réédifiée en même temps que les courtines. Deux redents de fondations successifs attestent de ces trois étapes.
La paroi qui ferme ce dépotoir n°2 du côté des caves avait été rehaussée jusqu’à la surface pour en prolonger l’usage au XIXe siècle. Ne présentant aucun intérêt historique, elle a été rabattue jusqu’au sol de la cave pour faciliter l’accès. Le sol devant le dépotoir a été recouvert d’un béton armé, afin de brider, et achever ainsi la stabilisation des fondations du pignon Nord du corps de logis.



La tour Nord et ses fondations.
Le projet consistera ici à rehausser quelque peu les murs périphériques, pour permettre aux visiteurs de mieux percevoir le volume de cet édifice originel aujourd’hui rasé. Cette réalisation offrira une terrasse d’accès au pignon Nord du corps central, et formera en outre une couverture protégeant les volumes souterrains de la tour Nord mis au jour à l’aplomb du dépotoir 2 ou encore à fouiller.
Une petite partie du prolongement de la voûte de l’aile gauche affleure en surface et devait être étanchée. Ce fut fait au moyen d’une semelle de béton.
La tour Nord se trouve à l’aplomb des murailles extérieures septentrionales, constamment en cours d’effondrement. Ce défaut a du moins permis d’effectuer un sondage sur le flanc Nord de la tour, afin de vérifier la présence éventuelle d’une baie. Sur ce point, les espoirs sont déçus. Par contre, un tronçon de mur part en oblique du flanc de la tour, mais comme il ne lui est pas liaisonné, on ne s’explique pas sa signification pour le moment.



Le rempart septentrional
En vue des «Journées du Patrimoine», le pied des remparts Philippe Auguste qui borde le flanc Nord du château a été dégagé sur une largeur plus conséquente. Encore une fois, ce fut l’occasion d’un important et ingrat travail de tris de matériaux et de terrassements tout le long des murailles dont de larges tronçons sont effondrés. En particulier, l’accès au massif qui subsiste du bastion Nord a été amélioré par l’aménagement d’un sentier provisoire et l’installation de rampes en bois.
Une boucle de promenade – certes encore assez sommaire - est désormais possible depuis le Nord du rempart jusqu’au bastion Est, puis de remonter vers le château par les rampes du jardin. (photo 93).
Ce circuit permet de découvrir le monument sous son angle le plus impressionnant, avec le château juché sur son socle remparé du XVème siècle.



Au milieu de cet espace, peu de temps a été consacré à la fontaine sous voûte, en cours de restauration depuis plusieurs années. Le cintre du linteau de la porte a cependant été remis en place et maçonné, ainsi que l’amorce de la voûte qui rejoindra sous peu la partie déjà restaurée.


Et comme chaque année, le chantier s’est conclu par le traditionnel barbecue, qui rassemble les participants, mais également tous les sympathisants et les petites mains qui, par divers services d’intendance très précieux, assurent eux aussi le succès et la bonne marche de cette opération.

Pour ce 17ème chantier, merci à :
JOFFRE Guilhem, PELLEN Mathilde, POLLARD Yohann, POURRAT Marion, SOUN Anne-Louise, TREBAOL Corentine, SCHOUMER Pierre, STAUDER Zoé, BARBIER Arianne, MINY Stéphanie, PERCELAY André, KEROUANTON André, LIBBRECHT Paul, TREBAOL Gildaz, BARBIER Artemis, KLEIN Simon, LIBBRECHT Pénélope, RONGVAUX Bernard, CALDERON Maria, CHENNAUX Michel, CLAES Frédéric, CLAES Marie-Christine, CULOT Didier, CULOT Léopold, DE NEVE Justine, DE NEVE Amandine, DEGAND Eric, DE PROOFT Sarah, DERU,Colin, DESCHEIRDER Jean-Jacques, DETREMBLEUR Philippe, DUMONT Véronique, ENTHOVEN David, ESSER Justine, FELDMAN,Laure, FERY Joël, FLAMAND Daniel, GENGLER Arthur, HAQUIN Pierre-Alexandre, ARDENNE Mathilde, HENRARD Marceau, HENRARD Philippe, HUART Justine, JUSSERET Jean_Pol, LHOTTE René, MEUNIER Amandine, PAULUS Guy, PELEGRIS Laure, RENARD Georges ROSSION Francis, SAINTMARD Georges, SEMPELS-BRUYNINX Thierry, THIRY Félicien, THIRY Vivien, VERMEIREN Eric.

Et aussi: Françoise GENGLER, M. et Mme TOUSSAINT, Jean CULOT, Paulette CORNEROTTE, Christine HERMAN, Olivier et Evelyne CONRARD, Jean-Yves et Carine GEORGES.

Avec le concours de la Province de Luxembourg
Département Culture (M. Patrick ADAM)



Nous vous donnons déjà rendez-vous pour le 18ème chantier,du 28 juillet au 09 août 2014.